Le bonheur est… dans le travail ?

Le bonheur est… dans le travail ?

Bonheur, plaisir, épanouissement personnel, voilà quelques-unes des notions qui sont devenues des objectifs de vie et qui font la richesse de cabinets de consultants «faiseurs de miracle» dans la recherche permanente de la satisfaction narcissique.

En effet, aujourd’hui, nous nous devons d’être heureux pour réussir notre existence sur terre et, si possible, encore plus épanouis que nos «amis» sur Facebook ou Instagram. C’est bien connu, il n’y a que les «super-motivés», les «super-contents» et les «super-dynamiques» pour faire marcher le monde et atteindre les sommets…

Sauf qu’au travail, ce n’est pas tous les jours évident d’être heureux. Pourquoi cela? Notre humeur variable, sans parler de celle de nos collègues ou de notre hiérarchie, la gestion par objectifs (parfois par définition inatteignables), les contraintes administratives, la discrépance ponctuelle entre les principes théoriques qui sont prônés et la réalité des faits, etc., représentent autant d’obstacles potentiels à notre bonheur.

Mais alors, puisque les réseaux sociaux accentuent la pression sociale à l’obligation au bonheur, pourquoi continuer à travailler si nous ne sommes pas heureux dans notre job? Pour se nourrir, se vêtir ou se loger? Non, les différentes institutions sociales de notre pays y pourvoient, au nom de la sacro-sainte solidarité. Pour s’enrichir financièrement (et ce n’est pas un pléonasme)? Probablement. Pour s’enrichir intellectuellement, pour partager des valeurs similaires, pour trouver du sens, pour évoluer et grandir? Certainement!

Et c’est là que le bât blesse. Parce qu’on ne partage pas tout. Parce que tout change de plus en plus vite. Parce que les aspirations des différentes générations du milieu professionnel ne sont plus les mêmes. Parce que, au sein d’une même structure, les priorités peuvent diverger. Parce que même la reconnaissance de nos chefs, quand elle s’exprime, ne nous apporte pas toujours l’épanouissement recherché (ou de manière très momentanée).

Alors il nous faut admettre que l’Autre (un-e autre que moi) ne pense pas obligatoirement comme nous et que la confrontation des idées n’est pas synonyme de conflits. Nous passons la majorité de notre temps d’éveil – une période oscillant entre 35 et 45 ans – dans le milieu professionnel. Il reste encore le principal lieu où les relations humaines se créent et s’entretiennent. Rien que pour cela, nous pouvons y éprouver, à défaut de bonheur, de la satisfaction, voire de l’enrichissement.

Sauf exception, on a le choix de changer de vie ou non, de rester dans une entreprise ou de partir. L’herbe est rarement plus verte ailleurs, mais elle est différente. Et c’est parfois une bouffée d’oxygène pour ceux qui font le choix du changement et qui n’attendent pas que les autres changent pour eux. Notre droit du travail fonctionne encore sur le principe de la liberté contractuelle. Il faut en profiter, comme de toute bonne chose, sans en abuser.

Aucun outil managérial ne nous donnera l’opportunité de nous épanouir dans notre activité professionnelle si nous n’arrivons pas à trouver d’abord en nous-mêmes le ressort de la satisfaction, puisque le salaire, à lui seul, n’est plus suffisant. L’introspection est donc paradoxalement notre premier devoir pour assurer la cohabitation.

Etre conscient-e d’avoir le choix, c’est bien vivre le fait de rester ou de partir. Bien rester implique de donner un sens à son travail. Bien partir, c’est se laisser la possibilité de revenir. Et dans un milieu aussi petit que la Suisse romande, je peux vous l’assurer, c’est précieux.

ISABELLE GESSLER

DIRECTRICE ADJOINTE DE LA CRR,

CHEF DES RESSOURCES HUMAINES